Utiliser des logiciels ouverts

Ce guide s’adresse aux agents et administrations qui souhaitent adopter des logiciels libres pour renforcer la maîtrise, la sécurité et la mutualisation de leurs systèmes. Il donne les repères nécessaires pour identifier les bonnes options, analyser leur conformité aux besoins, intégrer une solution dans un SI public, et contribuer utilement en tant qu’utilisateur.

Trouver des logiciels libres et des communs numériques

Chercher un logiciel libre ne se résume pas à taper une requête sur un moteur de recherche. Pour un même besoin, plusieurs projets peuvent exister, à des stades de maturité différents. L’enjeu est donc de partir de sources fiables, de repérer quelques signaux essentiels (licence, activité récente, documentation minimale) avant d’approfondir.

Où chercher ?

Les ressources publiques dédiées

Les ressources du secteur public sont les points d'entrée à privilégier. Elles référencent des logiciels validés pour un usage dans l'administration et permettent d'entrer en contact avec des pairs qui les utilisent déjà.

Explorer les annuaires du libre

Pour élargir votre recherche, plusieurs annuaires et bibliothèques recensent des projets libres et leurs caractéristiques :

Demander à la communauté

Les réseaux de pairs et les communautés du libre sont souvent les sources les plus rapides et les plus pertinentes.

Faire une recherche en ligne ciblée

Quand aucune source ne répond directement à votre besoin, vous pouvez affiner votre recherche :

  • logiciel libre ou open source + votre besoin métier (ex. “gestion de projet”).
  • open source + votre domaine.
  • nom d’un outil connu + alternative open source.

Privilégiez toujours les résultats renvoyant vers un site officiel ou un dépôt de code source.


Et l’IA dans tout ça ?

Les outils d’IA peuvent aider à repérer des pistes, mais restez vigilants : les résultats proposés ne sont pas nécessairement les bonnes options.


Pour les profils techniques

Les utilisateurs expérimentés peuvent aller directement sur :

  • Les forges de code (GitHub, GitLab, sr.ht).
  • les registres de paquets (PyPI, npm, etc.), utiles pour repérer des modules techniques ou des bibliothèques.


Comment présélectionner une solution ?

Pendant votre recherche, quelques réflexes simples permettent de filtrer rapidement les projets à creuser. Pendant la recherche, quelques réflexes simples permettent de repérer rapidement les projets à approfondir. L’objectif n’est pas encore de tout analyser en détail, mais d’écarter ce qui ne coche pas les bases.

À vérifier en priorité

  • Licence : Vérifiez que le logiciel est bien publié sous une licence libre, c’est-à-dire qu’elle autorise l’usage, la modification et la redistribution. La mention doit apparaître clairement, soit dans un fichier LICENSE / LICENCE, soit sur le site du projet. En l’absence d’information explicite, écartez la solution. → Consulter la ressource Guide juridique du logiciel libre dans l'administration pour en savoir plus sur les licences

  • Vitalité du projet : Assurez-vous que le projet est actif : une activité récente (nouvelles versions, échanges sur les tickets, mises à jour régulières) est un bon signal.
    Un projet inactif n’est pas forcément inutilisable, mais il demande plus d’effort de reprise et de maintenance.

Bonnes pratiques

  • Gardez une trace claire de vos trouvailles : tableau ou fiche courte (nom, lien, licence, dernière mise à jour, documentation).
  • Sollicitez un avis rapide auprès de la communauté avant d’investir du temps dans l’étude.
  • Limitez la présélection à deux ou trois options maximum pour faciliter la comparaison.


Analyser une solution libre avant intégration

Avant de déployer un logiciel libre dans votre environnement, il est essentiel de vérifier qu’il répond à vos besoins, qu’il est juridiquement réutilisable et qu’il repose sur une base technique et communautaire solide.

Quatre aspects sont à examiner en priorité : la licence, les fonctionnalités, la sécurité et la communauté.

Vérifier la licence

La licence est le premier élément à examiner. Elle détermine les droits et obligations liés à l’utilisation, la modification et la redistribution du logiciel.

Commencez par identifier la licence officielle :

Si aucune mention n’apparaît, rendez-vous sur le dépôt de code source : la licence doit figurer à la racine ou dans un répertoire LICENSES.

Vérifiez enfin que la licence est bien reconnue par l’Open Source Initiative (OSI) ou la Free Software Foundation (FSF). Vous pouvez vous appuyer sur la liste officielle des licences validées sur (Ouvre une nouvelle fenêtre) spdx.org/licenses.

Dans les cas plus complexes (licence manquante, ambiguë ou mixte), consultez la ressources juridiques ou si vous êtes un ministère contactez le Pôle logiciels libres et communs numériques de la DINUM.
Consulter la ressource Guide juridique du logiciel libre dans l'administration pour en savoir plus sur les licences

Évaluer les fonctionnalités

Un logiciel libre ne couvre pas toujours 100 % de vos besoins dès le départ. Il est donc utile de distinguer :

  • les fonctionnalités déjà couvertes par le projet ;
  • celles à compléter ou à adapter selon leur importance pour votre usage.

Pour les besoins non couverts, évaluez la faisabilité de leur intégration : une extension ou un module suffit-il, ou faut-il modifier le cœur du logiciel ? C’est tout l’avantage du libre : vous pouvez contribuer directement à l’évolution du projet, corriger ou enrichir des fonctionnalités, et ces améliorations bénéficient ensuite à l’ensemble de la communauté. Cette démarche renforce la qualité du logiciel, tout en réduisant les efforts futurs de maintenance pour tous.

Examiner la sécurité

La sécurité d’un logiciel libre repose sur la transparence du code et sur la vigilance de sa communauté. Deux aspects doivent être vérifiés :

  • Les dépendances : sont-elles à jour et régulièrement auditées et mises à jour ?
  • Le code : présente-t-il des vulnérabilités connues ou signalées ?

Des outils d’analyse automatisée comme le (Ouvre une nouvelle fenêtre) Scorecard de la OpenSSF permettent de vérifier ces points. La plateforme (Ouvre une nouvelle fenêtre) bestpractices.dev propose aussi une liste de critères de bonnes pratiques pour évaluer la maturité et la sécurité d’un projet open source.

Observer la communauté

Derrière chaque logiciel libre se trouvent une ou plusieurs communautés : celles qui l’utilisent et celles qui le développent. Leur vitalité est un bon indicateur de la pérennité et de la capacité d’évolution du projet. Quelques repères simples pour situer un projet :

  • Nombre de contributeurs actifs sur les 12 derniers mois et évolution par rapport à l’année précédente ;
  • Facteur bus : nombre de contributeurs assurant plus de 50 % des contributions ;
  • Date du dernier commit sur le dépôt.

Une grande communauté assure stabilité et maintenance, mais laisse moins de marge pour influencer la trajectoire du projet. Une communauté plus restreinte demande davantage d’investissement, mais permet d’agir plus directement sur ses orientations. Pour approfondir cette analyse, le projet (Ouvre une nouvelle fenêtre) CHAOSS répertorie de nombreuses métriques communautaires documentées.

Vérifier le modèle économique

Un autre aspect souvent oublié concerne le modèle économique du projet. Certains logiciels libres sont portés par des communautés bénévoles, d’autres par des entreprises ou des fondations qui en assurent la maintenance et le support. Identifier qui soutient financièrement et techniquement le projet permet d’évaluer sa pérennité, son autonomie et sa gouvernance.

→ Voir la ressource Les modèles économiques du numérique ouvert pour en savoir plus

Pour aller plus loin

→ Consulter la ressource Floss criteria


Intégrer et pérenniser un logiciel libre dans son administration

Choisir un logiciel libre, c'est rejoindre un écosystème dont on devient, à son échelle, responsable. Intégrer une solution ne s'arrête donc pas au déploiement technique : c'est aussi s'assurer que les équipes se l'approprient, que les compétences ne reposent pas sur une seule personne, et que l'usage nourrit en retour la communauté qui le fait vivre.

Cette section couvre les deux volets de cette démarche : les dispositifs qui facilitent l'intégration dans le cadre de la commande publique, et les pratiques qui en assurent la pérennité.

Changer de posture : de l'utilisateur au contributeur

Utiliser un logiciel libre, ce n'est pas acheter un outil. C'est rejoindre une ressource commune, maintenue par des personnes. Cette différence a des conséquences concrètes : une communauté qui ne reçoit pas de retours, de signalements ou de soutien s'épuise — et avec elle, le logiciel qu'elle fait vivre.

Adopter un logiciel libre, c'est donc aussi accepter une part de responsabilité dans sa pérennité. Pas nécessairement en écrivant du code : contribuer peut prendre de nombreuses formes, à la hauteur de ses moyens et de ses compétences.

Quelques réflexes pour amorcer ce changement de posture :

  • Anticiper un temps d'adaptation, comme pour tout changement d'outil.
  • Identifier le modèle économique du projet et prévoir une forme de participation : financement, retour d'expérience, signalement de bugs, documentation, partage de bonnes pratiques.

→ Pour découvrir concrètement comment contribuer, voir la section Contribuer en tant qu'utilisateur.

Comprendre le fonctionnement du projet

Un logiciel libre n'est pas seulement un outil : c'est un projet collectif avec une histoire, une gouvernance et une feuille de route. Comprendre son fonctionnement permet d'anticiper les évolutions, d'évaluer sa pérennité et d'identifier les bons interlocuteurs.

  • Identifier qui maintient le projet : communauté, association, entreprise, consortium.
  • Comprendre où sont prises les décisions importantes et comment y accéder.
  • Consulter la feuille de route lorsqu'elle existe.
  • Repérer les canaux de communication principaux : forum, liste de diffusion, chat, rencontres.
  • Identifier les attentes de la communauté en matière de contributions.

Se former au logiciel

La montée en compétence des équipes est une condition de base pour que l'intégration réussisse.

Ressources disponibles :

Les agents publics peuvent suivre la capsule "Introduction au logiciel libre" produite par la DINUM sur la plateforme (Ouvre une nouvelle fenêtre) Mentor.

→ Consulter la ressource (Ouvre une nouvelle fenêtre) Offres de formation logiciels libres pour un panorama des formations disponibles, ouvertes à tous les publics.

Se mettre en réseau

Le logiciel libre est fondé sur le partage. D'autres administrations ont probablement déjà adopté le même logiciel, fait face aux mêmes questions, et trouvé des réponses. Les solliciter est souvent le chemin le plus court vers un retour d'expérience concret.

Assurer la pérennité de ses propres usages

Un logiciel libre évolue, tout comme ses dépendances, ses mainteneurs et les menaces auxquelles il est exposé. Un usage durable implique un suivi actif, pas seulement au moment de l'intégration.

  • Identifier les dépendances critiques du logiciel et mettre en place une veille sur leurs évolutions et vulnérabilités.
  • Maintenir une politique de mise à jour régulière et tester les nouvelles versions avant déploiement.
  • Utiliser des méthodes de déploiement adaptées : images durcies, principe du moindre privilège, sauvegardes, supervision.
  • Repérer les composants ou mainteneurs dont dépend fortement le projet pour anticiper les risques de concentration.
  • Suivre les canaux de communication du projet : annonces de sécurité, changements majeurs, évolutions de gouvernance.
  • Participer à la vie de la communauté pour rester informé des évolutions importantes.
  • Réévaluer périodiquement l'adéquation du logiciel avec vos besoins et votre stratégie numérique.
  • Éviter que la connaissance du logiciel repose sur une seule personne en interne.
  • Documenter les choix réalisés, les paramétrages et les développements spécifiques, notamment pour faciliter la transmission aux nouveaux arrivants.

Commander des prestations pour du logiciel libre

Intégrer un logiciel libre dans son administration peut prendre plusieurs formes : contribution directe, développement interne, ou recours à des prestataires extérieurs. Lorsque vous passez par une prestation, des dispositifs existent pour le faire dans un cadre sûr et adapté au logiciel libre.

Utiliser les marchés interministériels

La Direction générale des Finances publiques (DGFIP) pilote deux marchés interministériels dédiés : un marché support et un marché expertise. Ils couvrent tout le cycle de vie d'un logiciel libre — intégration, exploitation, formation, maintenance et support — et imposent la redistribution systématique des correctifs produits. Les titulaires agissent comme interface entre les administrations et les communautés.

→ Consulter la ressource (Ouvre une nouvelle fenêtre) Marchés interministériels support et expertise à l'usage des logiciels libres
→ Consulter la ressource (Ouvre une nouvelle fenêtre) Offres de formation logiciels libres pour un panorama des formations disponibles, ouvertes à tous les publics.

Monter son propre marché public

Lorsqu'aucun marché interministériel ne couvre votre besoin, vous pouvez lancer votre propre marché public. Quelques points à connaître :

  • La commande porte sur des prestations de service — intégration, développement, support, formation — et non sur l'acquisition du logiciel lui-même.
  • Vous pouvez mentionner explicitement un logiciel libre sans enfreindre le principe d'égalité de traitement : son caractère libre garantit que tout prestataire peut y accéder, le modifier et le redistribuer.
  • Vous pouvez exiger dans vos clauses que la solution repose sur des logiciels libres, leur licence constituant une caractéristique juridique à part entière.
  • Lorsque le marché porte sur un développement, prévoyez le transfert des droits nécessaires à l’administration pour permettre la publication du code sous licence libre (article 46 du CCAG-TIC) ainsi que la documentation du code et des processus.
  • La concurrence loyale est garantie, y compris si un prestataire participe déjà à la gouvernance du projet : tout acteur peut forker ou contribuer au projet librement. Ce principe a été confirmé par le Conseil d'État (30 septembre 2001).
  • Pour ne pas créer de dépendance, identifiez plusieurs prestataires reconnus de l'écosystème plutôt que de concentrer sur un acteur unique. S'il existe un éditeur, contractualisez directement avec lui dans la mesure du possible.

Cadre légal favorable

Certaines lois encouragent explicitement le recours au logiciel libre, notamment l’article 9 de la loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche, qui modifie l’article L123-4-1 du Code de l’éducation pour prioriser les logiciels libres.


Contribuer en tant qu’utilisateur

Dans un projet numérique ouvert, l’usage sur le terrain fait autant progresser que le code. Il aide à identifier les besoins réels, repérer les problèmes et orienter les priorités.

Chaque utilisateur fait vivre le projet à sa manière : il ne se contente pas d’utiliser, il contribue à son amélioration, selon ses compétences et son contexte. L'utilisateur est un contributeur clé.

Contribuer ne signifie pas forcément coder. Cela peut consister à :

  • Signaler un problème ou une amélioration, en décrivant le contexte et le résultat attendu.
  • Partager un retour d’usage, pour aider à mieux comprendre les besoins métier et les contraintes du terrain.
  • Améliorer la documentation en clarifiant une étape, en ajoutant une capture ou en corrigeant une erreur.
  • Traduire, relire, tester une version, ou proposer des évolutions.
  • Soutenir le projet : en relayant une information, en participant à un événement, en apportant un financement ou des données utiles.

Chaque projet définit ses propres modalités de contribution. Pour savoir comment participer, consultez son guide de contribution (CONTRIBUTING.md) ou les canaux d’échange indiqués dans le dépôt.

Ressources

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